Féminismes Gender Studies et Sororité

Afro-Sororité en France mythe ou réalité ?

20 avril 2020

Bonjour à toutes et à tous, j’espère que vous allez bien en cette période de confinement.

Je sais que pour certains, rester tous les jours, enfermé à la maison n’est pas facile et que cela peut être très éprouvant, mais courage, ensemble nous vaincrons ce Covid19.

En cette période très particulière, je pense très fort à toutes ces femmes qui travaillent pour rendre nos magasins, nos hôpitaux, nos rues….propres et accessibles. Je réalise combien le pays a besoin et est dépendant de ces personnes, elles sont indispensables à notre santé, notre bien-être et assurent le bon fonctionnement de notre société. Donc je tiens à dire merci à toutes ces femmes (et ces hommes aussi : je ne les oublie pas)  .

On se retrouve aujourd’hui pour un premier article (Afro-Palabre), car je me pose une question : je me demande s’il existe en France, une solidarité afro-féminine (hormis celle que l’on peut retrouver dans les mouvements féministes)  ?

Vous vous demandez sûrement pourquoi je me pose cette question :

Il y a quelques mois, alors que je prenais ma pause-café, une de mes collègues, d’origine camerounaise, m’ affirmait que les personnes originaires d’Afrique de l’Ouest (comme moi), seraient très solidaires les unes envers les autres. Ce qui (pour elle) ne serait pas le cas pour celles originaire  d’Afrique Central (Cameroun, Congo, Centre Afrique…).

Pour être franche avec vous, ce n’était pas la première fois que j’entendais de tels propos: « vous les noirs vous êtes tous cousins, tous solidaires….pas comme nous … » . Comme si le fait d’être Noirs et de vivre en France, nous rendait automatiquement, tous fraternels.

C’est pourquoi en tant que Femme Noire et Féministe, je me demande si en 2020, nous, les femmes afro-descendantes vivant en France, sommes toutes solidaires les uns envers les autres ? Existe-t-il une afro-sororité en France.

Sororité définition :

La sororité possède plusieurs sens (pas, si opposés les uns des autres), si comme moi, vous avez déjà regardé un téléfilm “made in USA”, vous avez sans doute, déjà entendu le mot “sororité” : une bande d’étudiantes,  souvent très riches, venant du même milieu social s’appelant les deltas ou les sigmas et  vivant en communauté (dans une grosse maison).  Ce type de sororité fait opposition aux confréries.

Ma réflexion ne porte pas sur ce type de sororité, mais plutôt, sur celui très cher à Marlène Schiappa (Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes et de la Lutte contre les Discriminations). Le Larousse donne une définition très claire de la sororité : Il s’agit d’une “Attitude de solidarité féminine”.

La Sororité, le Féminisme

La sororité n’est pas forcément liée à un mouvement féministe.

Les femmes peuvent être solidaires entre elles, sans forcément chercher à combattre l’oppresseur.

Elles peuvent même,  être solidaires dans leurs luttes à maintenir une société patriarcale, c’est-à-dire, sous domination exclusivement masculine. Donc, par peur d’être privé de tous privilèges  (souvent d’ordres sociaux), elles vont préférer maintenir toutes formes inégalités liées au genre.

Pour moi, elles ne sont aucunement féministes.

Sororité-Afro-Féminisme

Par “afro”, dans cet article,  je ne parle exclusivement que de Femmes Noires (d’origine d’Afrique Subsaharienne et des Antilles) vivant en France.

D’après les statistiques de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques), en 2018, les Français originaires d’Afrique subsaharienne (1ière et 2ième générations confondues) représentaient environ 2,86%  de la population Française. Si on ajoute aux données de l’INSEE, celles de CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) : je dirais qu’en 2020, nous pouvons apprécier la population Noire (y /c celle des Antilles et de Mayotte) à moins de 5 % de la population Française.

Les Femmes représentant la moitié de l’humanité : les femmes noires représentent plus ou moins de 3 % de la  population Française.

Ces chiffres sont  à prendre avec des pincettes car les statistiques ethniques sont interdites en France et  donc à mon niveau je suis incapable de vous dire exactement combien de femmes noires vivent en France en 2020. De plus ces données ne prennent pas en compte les noires vivant en situation irrégulière. Donc, il s’agit vraiment d’une estimation que j’ai réalisée avec les données que j’avais.

L’ Afrique subsaharienne se compose de 48 pays, donc potentiellement,  plus de 48  cultures différentes (rien qu’au Mali, 14 langues (dont le français) sont reconnues par l’État comme langue nationale, donc, je vous laisse imaginer combien de cultures différentes au sein de ce même pays et plus globalement au niveau du continent Africain .

Si  on part du principe qu’il existe au sein du continent Africain, différentes cultures (ce qui est logique, personne ne dirait que tous les pays d’Europe ont la même culture….) c’est  prendre conscience  que toutes les personnes d’origine africaine n’ont pas la même culture, quand bien même elles seraient toutes originaires du même pays.

La plupart de  mes amies afro-descendantes sont françaises, surdiplômées et comme moi elles ont toutes galéré plusieurs années avant de trouver leur 1er job non alimentaire.

Nos 1ers jobs étaient bien entendus  en dessous de nos compétences et de nos diplômes, mais comme nous devions payer nos loyers, nos factures…(je ne cherche pas à me victimiser mais juste à vous expliquer des faits )

En tant que Femmes Noires, nous avons (mes amies et moi) toutes vécues  (et le plus souvent par des femmes) des situations étranges, des propos déplacés ou indécents liés à notre couleur de peau :

Il y a quelques années, alors que je commençais un nouveau travail dans une grande entreprise française, une ancienne collègue me dit : « Saly, tu me dis que tu comprends ce que je dis mais enfaîte je sais que tu ne comprends pas…» elle sous-entendait que je ne comprenais pas le français donc choquée je lui ai répondu : «  mais, quelle langue tu parles, que je ne comprends pas ?» elle ne m’a pas répondu.

C’est bizarre, mais elle sous-entendait aussi la même chose d’un collègue d’origine antillaise.

Entre femmes afro-descendantes nous rencontrons souvent les mêmes problèmes, à cause de cette  étiquette  que la société nous a attribuée et qui est malheureusement très dure à enlever : discrimination, invisibilisation, image sexualisée ou a contrario sans sexe à pile… Donc, quelques fois,  nous nous comprenons, nous nous soutenons dans nos galères du quotidien,  surtout lorsque nous grandissons et vivons dans la même ville, dans même pays, d’où l’existence d’associations afro-féministes et de nombreux collectifs et mouvements afro.

Je peux citer comme exemple d’ afro-sororité, le collectif « Noire N’est Pas Mon Métier » initié par l’actrice Aissa Maiga et  12 personnalité afro-françaises. A travers ce collectif, elles dénoncent, luttent contre les discriminations et les abus que subissent les femmes noires au cinéma. Je recommande vivement de lire leur livre,  les actrices y décrivent plusieurs anecdotes que toute femme afro vivant en France peut transposer dans sa vie.

Je tiens aussi à parler d’un autre mouvement démontrant qu’une afro-sororité existe bel et bien en France : celui des courageuses femmes de chambre de l’hôtel Ibis, qui se battent pour obtenir des droits liés à leurs conditions de travail : pour moi ce mouvement est un très grand  symbole d’afro-sororité. Des femmes africaines ( les « mama africa » comme on aime tant les appelés (je n’aime pas ce terme) ) se battent pour revendiquer leurs droits. Ces femmes, si  souvent méprisées, transparentes, oubliées du débat politique.

Je pense sincèrement, que le gouvernement devrait les écouter car elles vivent en France et contrairement à beaucoup de personnalité publique qui ont la parole dans les médias, elles connaissent bien plus la situation des Français que certains peuvent l’imaginer. Elles ne sont pas du tout déconnectées de la réalité, bien au contraire. Si certaines personnalités noires ( comme Omar Sy par exemple) ont le succès qu’ils ont en France et/ou à l’Étranger c’est grâce en partie à ces femmes qui les ont élevés.

En bref, tous les mouvements, les collectifs et  les associations afro, prouvent que la Femme afro-descendante, en France, n’est pas invisible et se bat pour ces droits.

Pour certains journalistes et polémistes français, l’afro-féminisme serait un mouvement né aux USA, comme si les acquis de la communauté Noire venaient exclusivement  des noirs américains (n’importe quoi!!!). Pour moi l’afro féminisme comme le montre l’étymologie du mot “Afro” vient du continent Africain ( je vous parlerai des grandes figures du féminisme africain dans un autre article).

Donc oui, en France les femmes afro peuvent être solidaire les unes envers les autres, surtout lorsqu’il s’agit de se battre pour leurs droits.

Petite digression : la plupart des acquis que les Femmes ont obtenu en France et dans le Monde, l’ont été grâce aux batailles des plus démunies,  pourtant, je constate qu’en France aujourd’hui, se sont souvent  les femmes privilégiées qui sont invitées et  mis en avant par les médias 😖 😞.

Mais somme nous vraiment toutes solidaire ?

Que dire alors des petites rivalités entre les jeunes youtubeuses noires ??? ou des  collectifs afro-féministes qui se sont désolidarisés les uns des autres.

J’écoute très souvent le podcast “La Poudre” animé par la journaliste féministe Lauren Bastide,  dans son dernier podcast elle interviewait Fania Noël (autrice et  militante afro-féministe à l’origine de différents mouvements tels le “camp d’été décolonial” (organisation sur l’anti-racisme) et le festival NYANSAPO.

Dans ce dernier podacat ( du 16 avril 2020) Fania Noël, expliquait que le festival  NYANSAPO avait engendré “un antiféminisme dans le féminisme … ” un anti afro-féminisme qui ne venait pas exclusivement de femme blanche.

Effectivement combien de femmes noires et  de mouvements féministes ont critiqué et/ou se sont désolidarisées de son mouvement.

Nombreuse afro-féministes se désolidarisent de certains mouvements ou collectifs  afro car elles ne se trouvent pas en adéquation avec les valeurs que prônent ces mouvements ou collectifs  : la polémique autour du camp d’été colonial en est un bel exemple. (attention : je ne porte aucun jugement de valeur).

Beaucoup de femmes noires se méfient d’autres femmes noires : combien de fois, mes amies  ou moi-même, avons subi des critiques, des moqueries d’autres femmes noires par simple jalousie. « Haa les femmes, entre elles …. »

Il y a quelques années,  une de mes coiffeuses (d’origine béninoise)  refusait de coiffer ses compatriotes d’origine béninoise,  je lui ai donc demandé les raisons de son refus,  elle me répondit:

“Saly, les filles de mon pays sont très jalouses, quand elles rentrent chez toi, c’est uniquement pour t’observer, te jalouser et elles peuvent même te faire de la sorcellerie….elles veulent ton mari”.

Malheureusement, elle n’est pas la seule personne que je connais qui évite de fréquenter des filles de sa communauté.

Pour moi:  il ne faut pas faire une généralité, dans toutes les communautés il y a des filles bien et d’autres à éviter.

Les femmes africaines sont plurielles donc il ne faut pas toutes les mettre dans le même sac.

Afro-Sororité-Communautarisme ?

Communautarisme, ce terme est souvent employé à mauvais escient par certains politiques  en France,  pour parler  des Musulmans, des Noirs, des Arabes, des Asiatiques qui selon eux vivraient en communauté  et ne voudraient pas s’intégrer dans la société.

Par contre, ils ne  ne parlent jamais de leur communautarisme à eux, pensez-vous que la Femme Noire puisse fréquenter leur cercle ( quand bien même elle en aurait les moyens) ?

Ils vivent entre eux, mangent entre eux, partent en vacances entre eux,  leurs enfants vont dans les mêmes écoles, se marient entre eux et ce sont eux qui font la morale en parlant de communautarisme.

Il ne s’agit pas d’être victimaires (comme certaines pseudo féministes peuvent le dire) mais lorsque des femmes noires se regroupent et font preuve de solidarité les unes envers les autres c’est pour revendiquer des droits, dénoncer  les oppressions qu’elles subissent aux quotidiens et essayer de faire évoluer la société.

En France, les femmes noires, blanches, asiatiques et celles d’origine arabe, de par leurs histoires, leurs religions, leurs classes sociales, leurs assignations,  leurs cultures…ne rencontrent pas  forcément les mêmes problèmes liés au patriarcat que cela soit dans la sphère publique que privée.

Donc si certaines veulent se regrouper en fonction de leurs sensibilités, assignations, religions, ethnies, races… j’ai envie de dire : où est le problème  ???

Tout comme le féminisme, il n’existe pas une forme unique d’afro-sororité, et les femmes noires ne sont pas toutes solidaires entre elles. Contrairement à ce que certains peuvent dire ou penser, nous ne sommes pas  “toutes cousines, toutes solidaires”.

De plus, je pense que toutes les femmes devraient se soutenir dans leurs luttes, même si elles ne sentent pas concernées par certains sujets liés au patriarcat.

Je terminerai mon article par un adage: « Tout(e) seul(e) on va plus vite, ensemble on va  plus loin ». C’est toutes ensemble ( Noires, Blanches, Asiatiques, Arabes, Voilées, Croyantes, Laïques…) que nous ferons avancer les choses.

Sororité

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Images: @ Instagram & Image F3 IDF 

 

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